10. « Pire que le communisme et le nazisme réunis » : la guerre contre le genre en Pologne Agnieszka Graff and Elżbieta Korolczuk Ce chapitre étudie les mobilisations contre « le genre » qui se sont répandues dans toute la Pologne depuis 2012, en soulignant à la fois leurs spécificités locales et leurs liens avec le contexte transnational. Comme nous le montrerons, même si l'« anti-genderisme » polonais fait partie d'une tendance transnationale plus large (ce qui est resté longtemps invisible aux yeux de la plupart des défenseurs libéraux du genre en Pologne), certains aspects de ce phénomène sont bel et bien ancrés localement (Korolczuk 2014). Si les premiers signes de la nouvelle stratégie de la droite sont apparus dès 2012, la campagne n'a été officiellement inaugurée que le 29 décembre 2013 par la Lettre pastorale de la Conférence des évêques, lue dans les paroisses polonaises. La lettre a été suivie de nombreuses initiatives, de la part de l'Église catholique et de groupes conservateurs, pour lutter contre l'éducation et les lois sur l'égalité de genre, les droits sexuels et reproductifs, ainsi que l'utilisation même du terme « genre » dans les documents de l'action publique et dans le débat public. Les militants anti-genre polonais affirment que leur but est de protéger la famille polonaise (en particulier les enfants) des féministes et du « lobby homosexuel » ; de défendre les valeurs culturelles polonaises authentiques (qui sont synonymes de valeurs catholiques) contre l'influence étrangère de l'Ouest corrompu et de l'Union européenne libérale, censée avoir remplacé l'URSS en tant que « colonisateur » de la Pologne. Ils prennent notamment pour cible l'éducation sexuelle, la ratification de la Convention d'Istanbul et plus largement les politiques d'égalité de genre. Dans la première partie de ce chapitre, nous présentons les étapes clés de la guerre polonaise contre le genre, ses principaux acteurs, cibles, stratégies et thèmes, tandis que la deuxième partie dresse un bilan critique des cadres explicatifs qui ont été produits jusqu'ici par les commentateurs et les universitaires libéraux. Nous soutenons que la guerre contre le genre ne découle pas d'une mauvaise compréhension du concept de genre, mais fait plutôt partie d'une mobilisation de droite plus large, au niveau local et transnational. En Pologne, l'anti-genderisme s'est avéré remarquablement efficace sur le plan politique, puisqu'il a permis une alliance politique entre le nationalisme et le fondamentalisme religieux, contribuant ainsi à la victoire électorale de la droite en 2015. Selon nous, la vague actuelle de mobilisations anti-genre en Pologne n'est pas une répétition du train-train habituel, ni juste une vague conservatrice réactionnaire, mais constitue une nouvelle configuration idéologique et politique qui combine avec succès le local et le transnational, rendant possible un mouvement de masse politiquement efficace. Au cours des dernières années, elle a réussi à mobiliser des centaines de personnes sur le terrain local, en faisant appel aux inquiétudes des parents concernant l'avenir de leurs familles et de leurs enfants. Nous soutenons que le succès de la mobilisation anti-genre peut s'expliquer par les références habiles de ses dirigeants à la dignité des gens ordinaires, et à leur identité en tant que majorité opprimée. L'« anti-genderisme » se présente invariablement comme une tentative de défendre les valeurs indigènes authentiques contre les forces étrangères et les élites corrompues - un discours que nous interprétons comme une variante de l'appropriation de droite du cadre anticolonial (Snochowska-Gonzalez 2012; Graff et Korolczuk 2015, Pető 2015, 127). Ce qui peut être interprété comme une particularité de l'Europe de l'Est, c'est l'usage stratégique et la résonance culturelle de l'argument selon lequel 1 le genre est une « idéologie totalitaire ». Cette tendance à discréditer le genre en le rattachant explicitement aux véritables régimes totalitaires qui ont fait des millions de victimes dans la région est illustrée par la déclaration suivante, faite en 2013 par l'évêque polonais Tadeusz Pieronek: « L'idéologie du genre est pire que le communisme et le nazisme réunis » (Sierakowski 2014a). Alors que les transformations politiques contestées viennent de l'Ouest et sont présentées comme des impositions occidentales, le « genderisme » (un mot utilisé de manière interchangeable avec le genre) est considéré comme un vaste projet d'ingénierie sociale enraciné dans le marxisme et comparable au stalinisme. Cette tension ou cette ambivalence existe dans de nombreux documents et déclarations examinés ici : le genre / le « genderisme » / l'« idéologie du genre » sont diabolisés et présentés comme l'imposition culturelle d'un corps étranger qui est occidental et oriental à la fois. Cette étude s'appuie sur l'analyse textuelle de lettres pastorales, articles et déclarations publiés sur les pages web de groupes et d'organisations spécifiques telles que Non au genre ! , sur des rapports de presse (y compris internationaux), ainsi que sur des recherches existantes sur les mouvements néoconservateurs en Europe et aux États-Unis. 1 Nous avons étudié des articles et des rapports publiés sur des sites Internet qui sont centraux à la mobilisation anti-genre ( www.stop-seksualizacji.pl , www.stopgender.pl ) et dans des organes de presse catholiques et de droite ( www.fronda.pl , www.niedziela.pl , www.naszdziennik.pl , http://gosc.pl , www.wsieci.pl , www.ekai.pl , www.poloniachristiana.pl), ainsi que des publications et des débats sur l'idéologie du genre dans les grands médias ( www.rzeczpospolita.pl , www.gazeta.pl , www.tvn.pl and www.tvp.pl) tout au long de 2013 et 2014. Nous nous sommes concentrées sur les matériaux qui comprenaient le « genre », le « genderisme » et l'« idéologie du genre » comme mots-clés, en cherchant de produire une analyse compréhensive des principaux acteurs, arguments et évolutions, ainsi que des cadres d'interprétation utilisés. Nous examinons également le nouveau genre littéraire des livres anti-genre, dont beaucoup sont écrits par des femmes, et faisons des hypothèses sur l'influence de ce fait sur la forme de la rhétorique anti-genre. Enfin, nous nous référons à des événements que nous avons vécus personnellement, en tant qu'observatrices participantes des manifestations et du débat public. Principaux acteurs et stratégies de la guerre polonaise contre le genre La mobilisation de masse a commencé en 2012. Les principaux acteurs acteurs sociaux impliqués dans la campagne comprenaient des prêtres, des politiciens conservateurs, des journalistes, des blogueurs mais aussi des militants de base, dont beaucoup étaient des parents inquiets de jeunes enfants (Fábián et Korolczuk 2017). Certaines des organisations impliquées ont été créées bien avant le début de la mobilisation anti-genre: Fundacja Mamy i Taty (Fondation Maman et Papa) est engagée dans la promotion des « valeurs familiales traditionnelles » et dans l'opposition aux droits des homosexuels et au divorce depuis 2010; S towarzyszenie i Fundacja Rzecznik Praw Rodziców (Fondation Défenseur des droits des parents) a été fondée en 2009 dans le but de contrer la réforme scolaire. D'autres groupes comme Inicjatywa Stop Seksualizacji Naszych Dzieci (l'Initiative Stop à la sexualisation de nos enfants) et le réseau Stop Gender ont vu le jour plus tard (2013 et 2014) dans le seul but de résister à ce qu’ils considéraient comme la diffusion du « genderisme » (ils ciblaient spécifiquement l'éducation sexuelle ainsi que l’accès à la contraception et à la fécondation in vitro). Ces organisations et ces réseaux semblent très liés les uns aux autres, ainsi qu'à d'influents think-tanks polonais de droite comme Instytut Kultury Prawnej Ordo Iuris (l'Institut de la culture juridique Ordo Iuris) et à des plateformes transnationales telles que citizengo.com (domiciliée en Espagne mais disponible en polonais et utilisée par des groupes polonais pour leurs pétitions). Ce réseau comprend également de nombreux groupes anti-choix comme Stowarzyszenie Rodzin Wielodzietnych (L'association des familles nombreuses), Centrum Wspierania Inicjatyw dla Życia i Rodziny (Centre de soutien aux initiatives pour la vie et la famille), Polska Federacja Ruchów Obrony Życia (la Fédération polonaise des mouvements pro-vie) et Koalicja Obywatelska Dla Rodziny (la Coalition civique pour la famille). Ces organisations et ces alliances jouent un rôle déterminant dans la mobilisation de larges foules, en particulier des parents d’élèves, comme il est apparu pendant le rassemblement de masse organisé le 30 août 2015 à Varsovie dans le but d’arrêter les transformations du programme d’éducation sexuelle dans les écoles polonaises. La manifestation, qui avait lieu autour du mot d'ordre « Stop à dépravation dans l'éducation », était organisée par 26 organisations et réseaux, et accueillait des conférenciers à la fois polonais et internationaux, pour la plupart des militants anti-choix renommés comme Antonia Tully (Society for the Protection of Unborn Children, Grande-Bretagne), Antoine Renard ( La Manif Pour Tous , France, également directeur de la Fédération européenne des Associations familiales catholiques) et Christoph Scharnweber ( Demo für alle , Allemagne). Les stratégies du mouvement comprennent les pétitions, les manifestations, la publication de textes, l'organisation d'ateliers et de conférences ainsi que les initiatives politiques au Parlement. Les militants anti-genre ont fait un usage remarquable d'Internet et des nouvelles technologies de communication (sites web, médias sociaux et plateformes ouvertes) pour la diffusion d'informations et la mobilisation du public pour signer des pétitions en ligne, participer à des manifestations et s'engager au niveau local et national. Parfois, ces communautés numériques sont liées à une organisation spécifique, telle que stopgender.pl et stop-seksualizacji.pl , mais il existe aussi des plateformes ouvertes telles que citizensengo.org . Les objectifs pratiques pour lesquels les activistes se mobilisent comprennent l'opposition aux programmes sur l'égalité de genre et l'éducation sexuelle dans les écoles; les droits sexuels et reproductifs (parmi lesquels non seulement la contraception et l'avortement, mais aussi l'accès aux technologies de reproduction comme la fécondation in vitro ); l'égalité des droits pour les minorités sexuelles; l'intégration de genre (gender mainstreaming), et l'utilisation même du mot « genre » dans les documents publics, les traités internationaux et le discours médiatique. Les objectifs déclarés visent à « sauver » les enfants, la famille et, au final, la civilisation chrétienne des dangers de « l'idéologie du genre ». Parmi les groupes identifiés comme dangereux on trouve les féministes, les organisations LGBT, les spécialistes d'éducation sexuelle, les administrateurs d'état. Bien que les cibles spécifiques soient locales, les racines du mal sont identifiées comme « globales » et « totalitaires ». Ce n'est donc pas une coïncidence si l'opposition anti-genre cible souvent des changements législatifs spécifiques proposés et promus par les institutions et les organisations internationales telles que l'ONU ou l'UE. L'opposition de droite aux politiques de l'UE en matière d'égalité de genre et de droits LGBT a joué un rôle important dans la propagande et la mobilisation anti-européennes dès le début des années 2000 (Graff 2009 et 2010). Avant même l'adhésion à l'UE en 2004, les eurosceptiques aimaient qualifier l'« homolobby » et le « lobby pro-avortement » européens de menaces suprêmes pour l'identité nationale polonaise. Cette campagne n'a pas été entièrement couronnée de succès, puisque le niveau de soutien à l'intégration européenne en Pologne était le plus élevé des nouveaux États membres et le reste aujourd'hui: 68% des Polonais font confiance à l'UE en tant qu'institution (GUS 2014). Cependant, le soutien massif à la modernisation apportée par les financements de l'UE ne signifie pas nécessairement l'acceptation des transformations culturelles et sociales associées à la démocratie sexuelle. Les euros-sceptiques polonais ont tiré profit de ce décalage en faisant valoir que la Pologne a le droit de bénéficier de l’intégration européenne sur le plan économique, mais doit conserver son intégrité culturelle comme pays catholique. On peut avancer que la mobilisation anti-genre marque une nouvelle phase de ces efforts : le concept d'« idéologie du genre » fait explicitement le lien entre d'une part l'homosexualité, l'avortement et la menace présumée de changements de sexe arbitraires, et d'autre part l’Ouest et l’Union européenne. Thèmes principaux et évolutions Il est difficile de situer le point de départ précis de la mobilisation anti-genre mais une date souvent évoquée est celle d'avril 2012, quand le ministre de la Justice de l'époque, Jarosław Gowin, s’est opposé publiquement à la ratification de la Convention sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul), la qualifiant de « véhicule de l’idéologie du genre » (Graff 2014 ; Grzebalska 2015). Ses déclarations, déconcertantes pour beaucoup à l’époque, semblent avoir initié la campagne anti-genre. 2 Le processus de ratification a été finalisé en mars 2015, mais le gouvernement de droite au pouvoir depuis novembre 2015 a annoncé son intention de retirer la Pologne de l’accord. Le raisonnement proposé par Gowin était que la Convention sert de cheval de Troie idéologique : son intention cachée, prétendait-il, était de détruire la famille traditionnelle. Le fait que le texte de la Convention contienne le mot « genre » était considéré comme une preuve de ses fondements sociaux-constructivistes. Les féministes et les experts en éducation sexuelle polonais ainsi que le parti libéral-conservateur pro-UE alors au pouvoir, Plateforme Civique, étaient dépeints comme des traîtres, de simples marionnettes dans les mains d’un complot international ou même mondial contre l'ordre de genre traditionnel. Une tonalité isolationniste semblable pouvait être entendue dans d’autres cadres proches, par exemple lorsque l’évêque Stanisław Stefanek, représentant du Conseil pour la famille de l’épiscopat polonais, a commenté les efforts du gouvernement pour lancer le débat sur les unions civiles comme la preuve que le parti au pouvoir « met en application des directives globales en les déguisant sous des mots à la mode, en affirmant que c’est cela le progrès et la liberté » (Kowalczyk 2012). Une autre thématique saillante des débats anti-genre est la question de l'éducation sexuelle, qui est diabolisée comme de la « sexualisation des enfants ». La thématique générale des « enfants en danger » n'est clairement pas une invention polonaise, puisqu'elle a aussi été utilisée dans d'autres pays comme la Russie, l'Ukraine, l'Allemagne et la France ( Höjdestrand 2015; Kováts and Põim 2015; Strelnyk 2016). Toutefois, en Pologne la focalisation sur les enfants est peut-être plus forte qu'ailleurs, parce que la phase initiale de la campagne anti-genre a coïncidé avec l'apparition d'accusations publiques contre des prêtres pédophiles ( Overbeek 2013 ). Par conséquent, beaucoup ont considéré les attaques sur le « genre » comme un effort de l’épiscopat polonais pour détourner l’attention des médias des scandales de pédophilie au sein de l’Église. Le 8 octobre 2013, l'archevêque Józef Michalik a fait une déclaration publique, dans lequel il décrivait les enfants victimes de membres de l'Église pédophiles comme « se cramponnant aux prêtres » afin d’obtenir de l’amour qu’ils ne recevaient pas à la maison ( Pedofilia wśród Ksiezy 2013). Avec cette déclaration scandaleuse, il tentait de déplacer la responsabilité des coupables en direction des « familles brisées » et des institutions internationales qui « sexualisent les enfants » par le biais de l’éducation sexuelle. Alors que Michalik s'est plus tard rétracté en jugeant sa formulation « malheureuse », la question de l’éducation sexuelle reste une thématique clé de la mobilisation anti-genre. Des attaques ont porté sur les programmes d’éducation sexuelle dans les écoles depuis la maternelle, en se concentrant principalement sur les normes pour l’éducation à la sexualité de l'OMS, mises en œuvre par des ONG comme la Fondation pour l’éducation préscolaire (2015 Grzebalska). Le manuel Równościowe przedszkole (Les maternelles de l'égalité), publié par des éducateurs féministes en 2011, a constitué une cible centrale, constamment diabolisée et présentée trompeusement comme de l'incitation à la sexualisation et la masturbation. Des rumeurs se sont répandues que des animateurs d'éducation sexuelle avaient forcé des petits garçons à porter des robes. Ces attaques contre le « genre » étaient toujours présentées comme des efforts pour protéger les enfants des tentatives de les désorienter par rapport aux rôles de genre à un âge précoce destinées à en faire plus tard des esclaves du lobby homo/féministe/anti-Église. L’idée que les enfants ont besoin d’être protégés contre l’exposition à des programmes d’éducation sexuelle soi-disant corrupteurs ou au « langage sexuel » dans les médias, est au cœur de la politique culturelle conservatrice dans de nombreux contextes. À certains égards, les controverses sur l’éducation sexuelle dans les écoles polonaises ressemblent à la bataille autour de l’éducation sexuelle aux États-Unis dans les années 1990 : dans les deux cas, elles se sont concentrées sur la protection des enfants et sur le droit des parents à décider ce qui est le mieux pour leurs enfants (Irvine 2002). En outre, dans les deux pays, l’éducation sexuelle dispensée dans les écoles publiques a été présentée comme une forme inacceptable d’intervention de l’État dans la vie privée des citoyens. La spécificité de la variante polonaise de cet argument est que cette intervention a ensuite été systématiquement comparée aux tentatives des communistes de contrôler entièrement la vie privée et familiale du peuple. En d’autres termes, l’éducation sexuelle était disqualifiée comme une imposition de l'Ouest libéral (l'ONU, l'OMS, l'UE), mais aussi comme un vestige des pratiques communistes. Compte tenu de l’accent mis sur le bien-être des enfants, c’est sans surprise que les partisans de la rhétorique anti-genderiste sont parvenus à mobiliser des parents. Le plus célèbre représentant de la campagne anti-genre , le charismatique père Dariusz Oko, a souligné dans une interview que : “ Personne n’a le droit de pénétrer dans le sanctuaire de la famille en bottes et armé d'un bâton. Par conséquent, nous devons prendre part aux marches et autres formes d'action, écrire des lettres et les envoyer au ministre de l'Éducation et aux autres membres du gouvernement, faire connaître les scandales dans les médias et rechercher de l'aide juridique, sans craindre le combat judiciaire. Nous devons aussi contrôler de près ce qui se passe à l'école, examiner attentivement le contenu des cours. Le directeur n'a aucun droit d'agir dans ce domaine sans l'accord explicite des parents » (Cichobłazińska 2013). Le projet de « sauver les enfants », qui semble politiquement neutre, renforce l'attrait populaire et assure le soutien des groupes de parents déjà engagés sur d’autres questions, telles que les réformes de l’éducation ou les droits des pères (Korolczuk et Hryciuk 2016). Deux des principales organisations de parents engagées dans la lutte contre « l’idéologie du genre » en Pologne sont Fundacja Mamy i Taty ( Fondation Maman et Papa ) et Stowarzyszenie i Fundacja Rzecznik Praw Rodziców ( Fondation Défenseur des droits des parents) . Cette tendance n’est pas propre à la Pologne : dans de nombreux pays dont la France, l'Allemagne, la Russie et l'Ukraine, des organisations conservatrices de défense des droits des parents sont devenues des acteurs clés dans les campagnes anti-genre (Fábián and Korolczuk 2016; Höjdestrand 2015; Strelnyk 2016 ). Il n’est pas surprenant, dans le contexte polonais, c’est l’Église catholique qui est devenue la force majeure derrière la campagne anti-genre (Case 2011). L'approbation religieuse officielle de cette action a été donnée dans la Lettre pastorale de la Conférence des évêques de Pologne, qui a été rendue publique et lue dans les églises le 29 décembre 2013 . Ce document fournit un bon exemple de la façon dont les militants de la croisade anti-genre expliquent les origines de l'« idéologie du genre » et montre comment, dans le contexte post-communiste polonais, l’égalité de genre est disqualifiée à l'aide d'un parallèle grossier avec le marxisme et la propagande communiste.. De l'avis de l'épiscopat polonais : « L'idéologie du genre est le produit de plusieurs décennies de changements idéologiques et culturels profondément ancrés dans le marxisme et le néo-marxisme promus par certains mouvements féministes, et aussi de la révolution sexuelle. (...) Elle soutient que le sexe biologique n’a pas d'importance sociale et que le sexe culturel, que les humains peuvent développer et déterminer librement en-dehors de toute condition biologique, est le plus important. (...) Le danger de l’idéologie du genre réside dans son caractère très destructeur pour l’humanité, les interactions individuelles et la vie sociale dans son ensemble. Les personnes qui ne sont pas sûres de leur identité sexuelle ne sont pas capables de découvrir ni d'accomplir les tâches qu’elles rencontrent dans leur vie conjugale, familiale, sociale et professionnelle » ( Conférence des évêques 2013). Les évêques polonais soulignent le danger que représente cette prétendue « idéologie » et affirme qu'en niant la différence sexuelle et la complémentarité des genres, elle élimine l’ordre des genres existant et constitue une menace majeure pour l’humanité. Dans cette perspective, « l’idéologie du genre » est mise en œuvre dans le monde entier par les institutions internationales (notamment l’ONU et l’Union européenne) et des États nationaux inspirés par des féministes et des défenseurs des droits gais (Buss 2004; Datta 2013; Paternotte 2014). Même si les droits gais n'étaient pas évoqués explicitement dans la lettre pastorale, il est vite apparu que le danger principal pour les enfants polonais était l’homosexualité, généralement rebaptisée « propagande homosexuelle ». Le père Oko, déjà cité plus haut, est devenu l’une des principales figures diffusant des discours de haine homophobe dans la sphère publique. Ses prises de parole sont des récriminations, dans lesquelles il met en garde contre la pente glissante à laquelle conduit inévitablement la tolérance de l’égalité. Dans une déclaration caractéristique diffusée sur la radio catholique Radio Maryja , il a dénoncé la supposée conspiration homosexuelle : « Quiconque se laisse endoctriner par l'idéologie homosexuelle va se trouver le lendemain obligé d’accepter l’inceste, la polygamie, la polyamour - telles sont les conséquences. C'est ainsi que le lobby homosexuel agit toujours. Ce sont les étapes. Ils ne s'arrêteront jamais ; ils veulent une révolution totale » ( Homoseksualiści nie poprzestaną … 2015). Oko a été un acteur central de la campagne anti-genre dès janvier 2014, quand il a donné une conférence publique sur le genre au Parlement polonais. Il était invité à prononcer un discours à la chambre basse du Parlement polonais (Sejm) par le Comité parlementaire contre l'athéisation de la Pologne et par un groupe de députés s'identifiant comme « pro-vie », dans le but d'attirer l'attention du public sur les dangers de l'intégration de genre (gender mainstreaming) et de la « sexualisation » des enfants. 3 L e Comité parlementaire contre l'athéisation de la Pologne est un organisme composé exclusivement des députés du parti de droite Droit et Justice (qui a remporté les élections plus d’un an plus tard, en automne 2015). Dans sa conférence, Oko a présenté le genre comme « une terrible menace pour la civilisation », « un grand mal dont il faut parler », avertissant le public que « les genderistes répandent l'inceste, la pédophilie et l'homosexualité » et que « les athées sont les plus grands criminels de l'histoire de l'humanité » (Oko 2014). La conférence d'Oko a été un événement important, très commenté dans les médias, et qui a marqué la politisation du débat anti-genre. Le même mois, un autre parti d’extrême droite, Solidarna Polska (Pologne solidaire), a créé le Comité parlementaire STOP à l'idéologie du genre, présidé par Beata Kempa. Au cours de la première moitié de l'année 2014, ce groupe a organisé un colloque dont Gabrielle Kuby était la conférencière d'honneur, ainsi que des meetings et des ateliers dans plus d'une douzaine de villes polonaises. L'engagement de Kempa dans la campagne anti-genre a porté ses fruits : en novembre 2015, elle est devenue la Directrice de cabinet du Premier Ministre du nouveau gouvernement de droite . Et tandis que le nouveau gouvernement s'installait au pouvoir, la guerre contre le genre, déjà inscrite dans le programme électoral de Droit et Justice, est devenue partie intégrante de la politique officielle du gouvernement, désignée sous le nom de « Changement pour le mieux ». Le 17 novembre 2015 Jarosław Gowin, le nouveau ministre des Sciences et de l'Enseignement supérieur, a annoncé son intention de supprimer les « revues d'études gaies et lesbiennes » du classement officiel des revues universitaires. Le même jour, dans une interview à l'hebdomadaire catholique Niedziela, la nouvelle ministre de l’éducation, Anna Zalewska, a déclaré : « l’école doit être préservée des diverses idéologies. Les enfants étudieront les matières classiques, normales. Nous nous occuperons de ce problème sans provoquer d'agitation inutile ni de conférences de presse » (Stelmasiak 2015). Comme la plupart des organisations et des réseaux polonais impliqués dans la mobilisation anti-genre sont liés au mouvement anti-choix national et transnational, il n’est guère surprenant que la question de l’avortement ait été un thème important de la guerre contre le genre dans le pays. Cela prend d'autant plus de sens à la lumière des évolutions qui ont eu lieu par la suite. Après la victoire de la droite aux élections de 2015, l’Église catholique romaine et le réseau anti-choix « STOP à l’avortement » ont lancé une campagne massive pour l'interdiction totale de l’avortement. Au printemps 2016, ses initiateurs (dont bon nombre a participé à la mobilisation anti-genre) ont commencé à recueillir des signatures en soutien à une proposition de loi citoyenne. Le projet de loi contient une interdiction totale de l'avortement et la menace de poursuites pénales pour les médecins et pour les femmes (jusqu'à 5 ans de prison) . 4 La loi polonaise limite déjà strictement l'accès à l'avortement, qui est illégal en-dehors des trois exceptions suivantes : si la grossesse est le résultat d'un viol ou d'un inceste prouvé, si la vie de la femme est en danger ou si le fœtus est « sérieusement malformé. » Ce n'était pas la première fois qu'une loi aussi restrictive était présentée au parlement, mais jamais auparavant les hommes et les femmes politiques à la tête du pays n'avaient apporté leur soutien à ce genre de proposition. La Première ministre polonaise, Beata Szydło, et le président du parti au pouvoir Droit et Justice, Jarosław Kaczyński, ont déclaré qu'en tant que catholiques, ils soutiendraient l'interdiction totale de l'avortement. Si la loi est votée, elle touchera non seulement les femmes qui cherchent à interrompre une grossesse, mais aussi les patientes traitées pour une grossesse extra-utérine, les cas de malformations physiques graves chez les fœtus comme le spina bifida , et les survivantes de viols , qui seront obligées par la loi de mener leur grossesse à terme. Rétrospectivement, le lien entre la campagne anti-genre et cette initiative politique est clair : l'interdiction totale de l'avortement s'intègre bien dans l'objectif global de résister aux forces censées favoriser la promiscuité, le chaos dans l'ordre du genre et la dépopulation. «  L'anti-genderisme » comme projet intellectuel «  L'anti-genderisme » n'est pas seulement un champ de bataille politique, mais aussi une lutte pour la légitimité dans le monde académique. Contrairement au backlash dans les années 1990 aux États-Unis, qui se présentait comme une réaction de bon sens face aux évolutions douteuses et néfastes causées par le féminisme, l'a nti-genderisme se veut scientifique. Il a même l'ambition de devenir un champ alternatif de production de connaissances (Duda 2016). Les efforts pour faire de l'anti-genderisme un champ académique et de recherche intellectuelle légitime consistent à traduire des auteurs étrangers connus comme Gabrielle Kuby et Marguerite A. Peeters, à publier des livres et des articles d'auteurs polonais, à organiser des conférences académiques et à donner des conférences dans les universités publiques (par exemple, Dariusz Oko a donné une conférence à l'Université de Varsovie en octobre 2014). A nti-genderism has evolved into a coherent worldview and an area of expertise, a vast project of education aimed not only at debunking feminism and gender studies, but also at developing an alternative field of knowledge, and perhaps also a new public sphere (Graff and Korolczuk 2015). Interestingly, gender matters very much in the anti-gender world: if you plan to become an anti-gender authority, it clearly helps to be a woman. While the European anti-gender scene coheres around female pundits Gabrielle Kuby and Marguerite A. Peeters, i n Poland e xamples of women made famous by their opposition to “genderism” include the formerly unknown female politicians, Rep. Beata Kempa, who became an anti-gender celebrity and, as mentioned above, went on to a remarkable political career. Another noteworthy example is Małgorzata Terlikowska, the wife of a well-known ultraconservative publicist and mother of five, who became a household name thanks to her part in the anti-gender campaign. Three full-length anti-gender books were published in 2014, all of them authored by young female journalists associated with the right-wing press. Agnieszka Niewińska, “infiltrated” the Warsaw Gender Studies program at the Institute for literary Studies PAN and produced a detailed Report o gender w Polsce (Report on gender in Poland). Magdalena Żuraw published Idiotyzmy feminizmu (The idiocies of feminism) a pamphlet aimed to unmask the “inconsistencies and absurdities” of feminism by confronting them with “common sense.” Marzena Nykiel, perhaps the most ambitious of the three, authored Pułapka Gender (Gender Trap), a tract of some three hundred pages, revealing to the public the horrors of “genderism”, presented as a new form of colonialism and totalitarianism, a vast conspiracy and a dire threat to Christian civilization. The book reads like a dramatic wake-up call addressed to the faithful: readers are urged to join the struggle to defend Christianity before it is too late; the battle going on in Poland is presented as the last hope. Female authors of anti-gender tracts are celebrated in the conservative media as Cassandras, defenders of humanity, but also as women, defenders of true womanhood against the fake agenda of genderists and feminists. Women appear as the authentic experts of anti-genderism since they represent what is seen as experiential knowledge gained in motherhood (actual or potential). It is this claim to authenticity that elevates conservative common sense to the status of dogma. Feminism is then presented as a hoax, an absurd ideology foreign to most women’s lives, imposed on them by leftist men against their best interests. “Genderism” is said not only to hurt children and deprive men of masculinity, but also to lead women to prostitution, desperation as single mothers and deprive them of the support of men. Interpretations of Anti-gender Mobilization: Polish Exceptionalism Reconsidered Poland may appear peculiar or even exceptional to both insiders and outsiders in regard to matters of gender equality and LGBT rights. It is not only a matter of continuing political and cultural power of the Catholic Church, but also of politicization of gender and sexuality in Poland during the pre-accession period. Since the mid nineties, governments as well as media have repeatedly presented gender conservatism as key to Poland’s uniqueness in Europe, a matter of national pride and national sovereignty in the process of EU accession (Graff 2009; 2014). M ost commentators, scholars and journalists in Poland have understood anti-gender mobilisation as a local phenomenon, a sign of Poland’s intellectual and social provincialism and perhaps also a sign of crisis or division with the Episcopate. Anti-genderism was viewed as a doomed effort to cover up pedophilia scandals and dubious financial transactions of the Polish Catholic Church. A vivid example of such argumentation is the article published in January 2014 in The New York Times by the well-known Polish intellectual and founder of a left-liberal think-thank Krytyka Polityczna (Political Critique), Sławomir Sierakowski: “ The reasons behind such an orchestrated action might be found in the Church’s recent problems. Poles have been outraged by the large-scale financial fraud carried out by the commission tasked with the reprivatisation of church property that had been seized by the Communist government. Poles also continue to be disturbed by increasingly frequent disclosures of paedophilia within the Church” (Sierakowski 2014b). Sierakowski was not alone in attributing the anti-gender campaign to local trends (Kuisz and Wigura 2014). Another sign of this misconception was the well-meant effort to explain gender to the misinformed, undertaken by of Minister Agnieszka Kozłowska-Rajewicz, at the time the government’s Plenipotentiary for Gender Equality. Assuming (or pretending to assume) that the Bishops’ Letter was the result of ignorance or an unfortunate misunderstanding, Rajewicz offered calm explanations and posted primer in gender studies on the Ministry’s website. She explained that gender is no threat, but a staple category of social sciences and that gender mainstreaming is a EU policy and not an international plot against the family. The Ministry’s website also featured a glossary of gender-related terminology aimed to enlighten the misinformed. Yet another example of actions based on the assumption of Poland’s exceptionalism was the open letter addressed by the Congress of Polish Women (the nation’s largest women’s rights organization) to Pope Francis, alerting him to the misdoings of Polish bishops ( 28 November 2013): “ This mad hatred towards ‘gender ideology’ — which is really a hatred of women and egalitarian ideals — has flooded Poland far and wide and is giving rise to fear, which poisons people’s souls and destroys the civic debate. As an inevitable result, both the public opinion and state officials in Poland are becoming fearful of speaking not only in terms of ‘gender’, but also in terms of non-discrimination and equality, even though these are Christian ideals at the core” ( Letter from the Congress 2013). The underlying assumption of this document was that the war on gender was a Polish invention unknown to and unsupported by the Vatican, while existing scholarship shows the opposite (Case 2011). The early interpretations and reactions highlighted the importance of the local context, but ignored broader trends that have since become more apparent to all. Also in contexts such as France, usually associated with secularism, a new wave of neo-conservatism is on the rise, often rooted in religious teachings. Eric Fassin (2014) talks about “religious common sense” leading to an interesting overlap between teachings of representatives of different denominations as to the importance of Nature, heterosexual marriage and the “traditional” gender order as the case of Baptist-burqa network discussed by Clifford Bob (2012) aptly shows. Arguably, we are dealing with a major shift in public debates globally, in which the notions of gender, nation and democracy are being re-defined and re-configured. As the war on gender developed, so did interpretations of this phenomenon by liberal intellectuals. From the beginning it was clear to many that anti-gender mobilization partakes in a broader cultural conflict about modernity: “gender” is a stretchy category that serves as a screen for collective fears about change, loss of national identity, excessive influence of the West and its cultural expansion. A crucial source of anxiety is the rampant individualism of contemporary culture, the erosion of community and growing precariousness of everyday life. Opponents of “gender ideology” attribute these trends to the influence of feminism and the sexual revolution rather than to neoliberalism. However, anti-genderism can in fact be interpreted as a neoconservative response to neoliberal globalization (Pető 2015). Even though anti-genderists often use references to community, family and value of motherhood strategically, e.g. when mobilizing parents groups, they also genuinely cherish these values as central to their worldview. Traditional family is to them the last frontier to be defended against the onslaught of modernity (Fábián and Korolczuk 2016; Höjdestrand 2015 ). One especially vulnerable element of the traditional worldview is masculinity: the authority and dignity of men which is under threat both within the family and in the public sphere. Renewed faith in the dignity of manhood and fatherhood is central to anti-genderist rhetoric. This explains why in the Polish context conservative fathers’ rights organizations, such as Brave Dad ( Dzielny Tato ) joined anti-gender campaign (Korolczuk and Hryciuk 2016). David Ost (2005) has long diagnosed that Poland’s cultural war is more usefully viewed a class conflict. We believe, however, that gendered social norms and economics must be combined if we are to understand the phenomena in question. The focus on masculinity involves an economic dimension, as the ability to perform as a “breadwinner” is a central tenet of traditional manhood. It is clear to us that the aggressive masculinism and homophobia at the core of new nationalist extremism are at least partly driven by the frustration of young men lacking economic perspectives. The ideology of new manhood rooted in patriarchal values and nationalist hero-worship promises a sense of purpose and a self-respect that cannot be won in the market. While the above observations are relevant in most cultural contexts, certain aspects of anti-genderism seem specific to Poland, a country where an ongoing nationalist revival draws heavily on a sense of victimhood and hunger for recognition, and where the Catholic Church is a key political player as well as cultural influence. An important element of the local version of anti-genderism is a strong investment in authentic Polishness constructed not just as national identity but also as moral dignity, previously under attack from the East and today from the West, especially the European Union. Brussels is often identified as the new colonizer and compared to USSR. Poland is viewed by the right wing as repeatedly betrayed and notoriously disrespected by the West. Thus, the addressee of claims to dignity and pronouncements of national pride is not just the fellow Pole, called upon to join the struggle, but also an imagined English-speaking visitor, whose arrogance is being critiqued. This explains why many banners displayed at anti-gender demonstrations are bilingual. For instance during a large anti-sex education rally held on 30 August 2015 in Warsaw, protesters held the following signs in both Polish and English: “Gender-danger”; “Gender – the ideology of spineless Westerners is not for our hardy Poles”; “Gender + Convention about so called ‘violence against the women and violence in the family’ this is the Ebola for Poland from Brussels” The version of Polishness these protesters want to defend against “spineless Westerners” and “ebola from Brussels” is firmly embedded in Catholicism. Feminist theologian Zuzanna Radzik (2013) has argued that the Church should not be viewed as an ideological monolith here: in fact, anti-genderism serves the conservative and nationalist wing of the Church to discipline liberal dissenters. A new version of an old polarization is at the root of the present trend: “gender”, claims Radzik, has simply replaced Jews and homosexuals in their role of the demonized enemy of the illiberal wing of the Polish Catholic Church. This analysis is useful also in pointing attention to anti-Semitic residues in the Polish anti-gender campaign. They are not central but nonetheless present, which explains why figures such as Michel Jones, an American right-wing extremist, who blames Jews for the destruction of Western culture, are welcome guests in the Polish anti-genderist circles. Scholars have also pointed to links between anti-genderism and ongoing controversies regarding reproductive technologies, especially in vitro fertilization in Poland. Anthropologist Magdalena Radkowska-Walkowicz (2014) has suggested that anti-genderism is a response to anxieties caused by recent developments in biotechnology and the fundamental changes they caused in the sphere of kinship, reproduction and family (Stawiszyński 2013). Opposition towards gender constructionism is an effort to restore stability in an increasingly unstable world of human reproduction, in which the nature-culture divide has ceased to be self-evident. While this interpretation works in most cultural contexts, it is especially relevant to Poland, where biotechnology has been the object of heated political and ethical debates at least since 2007 (Gunnarsson-Payne and Korolczuk 2016; Radkowska-Walkowicz 2012). Some commentators have emphasized the role of economic trends in the development of anti-genderism. Political scientist Dorota Szelewa (2014) suggests that attacks on gender are in fact part of a longer historical process linked to critical junctures in the economy. She claims that the antifeminism rampant in the region in the early 1990s after the collapse of state socialism provided a rationale for re-familialization of the social policy model, while the present wave of anti-genderism is linked to the global economic crisis of 2008. On this view, anti-genderism paves the way for continuation of austerity-based social policy reforms such as cuts in child care services, which results in reinforcing the traditional gender order. While we agree that the anti-gender campaign, with its focus on family values and motherhood, has the aim of strengthening the traditional family order, it does not necessarily lead to a continuation of austerity policies. On the contrary, recent policy changes often consist in substantial public spending (e.g. prolonged maternity and parental leave introduced by the then ruling Civic Platform in January 2014; and child allowance amounting to 500 PLN per child by implemented by the Law and Justice government in Spring 2016). Finally, according to some scholars, anti-genderism really is what it claims to be: a conservative reaction to EU gender mainstreaming policies, to the development and growing cultural influence of gender studies at universities and especially to gender education in schools and kindergartens (Grabowska 2014). It is true that the visibility of gender studies has substantially increased in recent years, however feminist scholars are right to view themselves as marginal in Poland’s overwhelmingly conservative academic culture. In our view, presenting gender scholars and feminists as powerful and influential serves the purpose of constructing opposition to gender as a form of victimhood and resistance to a powerful, foreign-based enemy or cultural colonizer. However, Grabowska (2014) rightly points to the fact that since the 1990s, when religion was introduced into Polish schools, education remained a safe and unquestioned sphere for the popularisation of religion and Catholic values among children. This explains why efforts to introduce equality classes in early child education were perceived as a violent imposition on national culture and children’s innocence, and why this issue has become the main battlefield in anti-gender campaign. Conclusion With its focus on national pride, its use of neoconservative “family values” rhetoric and its insistence that Christianity is in danger, the Polish anti-gender mobilization appears at the intersection of global illiberal influences and local resurgence of gendered nationalism. Initially, many commentators in Poland interpreted this mobilization as a local phenomenon, an effort to cover up emerging pedophilia scandals in Polish Catholic Church. Even today many Polish liberals remain attached to an exceptionalist frame, viewing anti-genderism as a symptom of ignorance and obscurantism peculiar to the conservative currents of Polish Catholicism, in short, an anomaly. We are among those who challenge such a perspective as too limited. Poland’s anti-gender campaign must be linked to events taking place in Europe and beyond, e.g. mass mobilizations of concerned parents such as La Manif Pour Tous in France, Vatican’s statements targeting gender, as well as recent attacks on “the gender agenda” in the U.S. and the anti-LGBT and antifeminist backlash in Putin’s Russia, Ukraine or Georgia, as well as anti-gender mobilizations in other regions, including Africa. Polish initiatives are part of a broader resurgence of right wing extremism and religious fundamentalism, a coordinated transnational effort to undermine liberal values by democratic means. Part of this strategy, as we elaborate elsewhere, is the effective employment of an anti-colonial frame, whereby “genderism” is presented as a sinister global force, a new form of colonial power exercised by the UN, EU and WHO against the worlds’ poor, especially developing nations of Africa (Graff and Korolczuk 2015). Eastern Europe is accorded a special place in this geography of gender as a part of the world that was left untouched by the sexual revolution and proved resistant to Marxism, thus it is hoped to save the West from its own decadence. This sense of the region’s uniqueness and Poland’s special importance as a Catholic country permeates the local version of anti-gender rhetoric, endowing it with a peculiar tone of urgency and drama. In the eyes of Polish Catholic clergy and rightwing activists, gender studies are equivalent to totalitarian ideologies such as Stalinism and Nazism, atheists become mass murderers and sex education can be equated with “organized gang rape on the child’s soul” ( zorganizowany, zbiorowy gwałt na duszy dziecka ) (Oko 2014). In retrospect, it is clear that the battles against gender served as a springboard for political careers for previously lesser known right wing politicians, such as Beata Kempa discussed above. However, more than individual careers were at stake. It must be emphasized that the anti-gender campaign and mass mobilization around this issue have had real political consequences in Poland. This is in part due to effective appropriation of the anti-colonial narrative, where “genderists” feature in the role of colonizers, while the conservative right plays the role of defender authentic local culture. The discourse of besieged dignity, wounded pride, moral panic and righteous anger strengthened the polarization of the country’s public debate and political scene. The anti-genderism provided “a symbolic glue” ( Pető 2015) facilitating an alliance between “the altar” and “the stadium”, i.e. between Catholic clergy, anti-choice organizations and right-wing extremists, including football fans. Due to its focus on children, the campaign also attracted many concerned parents’ groups. They all united in defense of endangered Polish children and traditional family values (equated with Catholicism) in open meetings held in parishes, during patriotic demonstrations in the streets of large Polish cities, in TV studios and increasing online. The strategic alliance forged among different conservative groups helped bring about the political triumph of the Polish right in presidential and parliamentary elections of 2015. References Bishops Conference. 2013. “Pastoral Letter of the Bishops’ Conference of Poland to be used on the Sunday of the Holy Family.” Accessed February 1, 2016. http://episkopat.pl/dokumenty/listy_pasterskie/5584.1,Pastoral_letter_of_the_Bishops_Conference_of_Poland_to_be_used_on_the_Sunday_of_the_Holy_Family_2013.html Bob, Clifford. 2012. Global Right Wing and Clash World Politics . New York: Cambridge University Press. Buss, Doris E. 2004. “Finding homosexual in women’s rights. 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